Rupert Bindenschu
Rupert Bindenschu, architecte strasbourgeois à Riga
LVHISTOIRE
Gilles Dutertre
6/25/20245 min lire
Rupert Bindenschu (1645 – 1698), en letton Ruperts Bindenšū, fut une des personnalités artistiques les plus brillantes et les plus intéressantes de Riga dans le dernier tiers du XVIIe siècle. Figure la plus éminente de l’architecture baroque, il était né en 1645 à Strasbourg, alors ville libre impériale [Strasbourg ne deviendra française qu'en 1681]. Le paradoxe est qu’il est relativement peu connu en Lettonie et pas du tout connu en France.
Rupert Bindenschu était né dans la famille du charpentier Baltazar Bindenschu et de Suzanne, née Reinhold. Tous les hommes de la famille étaient menuisiers depuis plusieurs générations et Rupert a probablement tenu son premier emploi à Strasbourg avec son père. Boris Viper, dans une monographie intitulée « L’art letton à l’époque baroque » a écrit qu’il avait fait son apprentissage dans le sud de l’Allemagne, soulignant l’influence de l’architecte de la Renaissance de la cour du duc de Wurtemberg, Heinrich Schickhardt (1558 – 1635). Mais on n’a pas réellement d’information sur son parcours jusqu’à son arrivée à Riga en 1671, en provenance de Tallinn (alors Reval), où il avait été impliqué dans la construction du clocher de l’église Saint-Olaf (Oleviste). A cette époque, il avait sans doute déjà atteint le statut de maître.
A Riga, Bindenschu est devenu l’assistant de Jacob Josten, l’architecte en chef hollandais de la ville, dont il prit le poste en 1675, après que celui-ci fut parti pour Dantzig. Nommé maître d’art (Kunstmeister), il consacrera beaucoup d’énergie à la reconstruction de Riga après le grand incendie du 21 mai 1677 qui détruisit des quartiers entiers [Le 21 mai 1677, des pyromanes ont mis le feu à un entrepôt de chanvre et de lin dans la Johannisstrasse (rue Saint Jean), lequel s’est propagé aux églises Saint-Jean et Saint-Pierre, puis à 250 maisons jusqu’à la Daugava.].
Le dernier quart du XVIIe siècle a été une période très favorable dans la vie économique et culturelle de Riga : le commerce a prospéré, les possibilités d’éducation se sont développées, Riga s’est ouverte aux jeunes et est devenue une ville riche. On peut donc dire que Rupert Bindenschu est apparu au bon moment au bon endroit !
Sur la base des archives, Paul Campe [Paul CAMPE, Der Stadt-Kunst- und Werkmeister Rupert Bindenschu und seine Wirksamkeit in Riga. Ein Beitrag zur Baugeschichte Rigas zu Ende des 17. Jahrhunderts, Holzner, Riga, 1944] a répertorié un total de cinquante projets sur lesquels Bindenschu a travaillé. Au début de sa carrière, il a principalement travaillé sur des bâtiments d’intérêt pratique, comme des hangars, des entrepôts, des casernes, des moulins à vents, des fortifications et sur la reconstruction des bâtiments publics, afin d’effacer les séquelles de l’incendie de 1677. Il est généralement estimé qu’il a joué un rôle déterminant dans la reconstruction de la ville après cet incendie.
Il serait fastidieux de lister toutes les réalisations de Rupert Bindenschu. Evoquons les plus emblématiques.
On sait que, dès 1678, il répara le clocher de la cathédrale luthérienne du Dôme. En 1680, il construisit un clocher baroque avec une galerie pour l’église Saint-Jean, dont il fit, trois ans plus tard, la rénovation intérieure. Le 23 avril 1685, il fit un don pour la cloche de l’église Saint-Jacques. Il rénova l’église en bois de Jésus, dans le quartier Saint-Jean de Riga, en 1688. Mais son œuvre la plus célèbre concerne l’église luthérienne Saint-Pierre [L’église Saint-Pierre fut initialement une église catholique construite en bois en 1209. Devenue église évangélique luthérienne au début du XVIe siècle, elle fut frappée par la foudre six fois. Elle a été détruite une ultime fois le 29 juin 1941 par les Allemands] , dont il rénova le clocher (1688 – 1690) et dont la façade fut reconstruite en 1692 en style baroque, avec les trois portails qu’on lui connaît aujourd’hui. La tour reconstruite de Saint-Pierre fut à l’époque la plus haute structure en bois d’Europe, et peut-être même du monde !
Le travail de rénovation des deux lieux de culte (Saint-Jean et Saint-Pierre) fut mené d’une façon si énergique par le maître Bindenschu qu’ils purent être rendus au culte dès 1679, le premier à la Pentecôte, le second le 4 septembre 1679. En remerciement de ses mérites, il fut attribué à Bindenschu, le 1er avril 1679, un emplacement dans chacune de ces deux églises pour y être enterré. C’est dans l’église Saint-Jean (Johannis-Kirche) qu’il sera inhumé vingt ans plus tard, après son décès.
Il œuvra également pour l’architecture profane, avec la maison Dannenstern (achevée en 1696), une maison sur la petite rue Grēcinieku (à partir de 1683), et la rénovation de la façade de la Grande Guilde (vers 1692).
En dehors de Riga, on peut noter la construction de l’église de Limbaži (1679 – 1681) et de celle de Matīši (1686 – 1687). Bindenschu a également travaillé dans ce qui est aujourd’hui l’Estonie, à Tallinn et à Pärnu.
Le 16 février 1698, Bindenschu fut contraint de quitter ses fonctions en raison de la maladie, et, en juillet de la même année, il décéda à Riga à l’âge de 53 ans. Il fut enterré le 21 juillet 1698 dans l’église Saint-Jean sous la galerie d’orgue qu’il avait rénovée 18 ans auparavant. A Riga, il est toujours aujourd’hui considéré comme l’un des bâtisseurs les plus importants et une des personnalités les plus brillantes de la vie artistique du XVIIe siècle.
Rupert Bindenschu fut marié deux fois et eut 12 ou 13 enfants dont trois garçons. De sa première épouse, dont le nom est resté inconnu, il eut 6 ou 7 enfants, dont une Margaretha, née en 1680, qui épousa un marchand nommé Andreas Thorn [Andreas Thorn devint un neveu par alliance de Rupert Bindenschu, après que celui-ci eut épousé Elisabeth Thorn]. Sa deuxième épouse, avec qui il s’est marié le 2 juillet 1686, était Elisabeth Thorn (1660 – 1721), fille de Michael Thorn. De ce second mariage, il eut encore cinq enfants, dont une Barbara, née en 1691, qui épousa en 1711 un marchand nommé Josua Stegmann, mais décéda le 10 octobre 1712. Et une Marie, mariée en 1719 à un dénommé Friedrich Kühn.
Compte tenu de la complexité de la succession, avec un nombre important d’enfants, il fut établi, les 10 et 11 novembre 1698, un inventaire complet des biens de Rupert Bindensschu, inventaire complété le 3 mars 1699, à la petite cuillère près ! On apprend qu’il possédait deux maisons, cinq voitures, mais aussi des bancs dans plusieurs églises. Une des maisons a été achetée aux héritiers par un nommé Matthias Finck, de Courlande, pour 1 050 reichsthalers [Le reichsthaler est devenu l’unité de compte de l’empire de Charles Quint, suite à un décret impérial de 1566. Il pesait 25,984 g d’argent.], Dans l’état actuel des choses, on ne sait rien du devenir de sa nombreuse descendance.
« Par ses bâtiments, notamment son chef-d’œuvre, l’incomparable clocher de l’église Saint-Pierre à Riga [Le clocher et le toit brûlèrent et l’intérieur de l’église Saint-Pierre fut détruit le dimanche 29 juin 1941 par les tirs allemands. Les Allemands pensaient qu’il y avait un observateur d’artillerie dans le clocher. Suivant la propagande allemande, Paul Campe écrit que les destructions ont été le fait des « bolchevistes ». Sa reconstruction par les Soviétiques pour en faire un musée ne s’acheva qu’en 1983.], maître Bindenschu a créé un mémorial qui a duré des siècles » [Paul Campe dans Rupert Bindenschu und seine Wirksamkeit in Riga, traduction de l’auteur.]
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