Les Français récipiendaires de l’Ordre militaire de Lāčplēsis (1920 – 1928)

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LVHISTOIRE

Gilles Dutertre

11/30/20253 min lire

L’Ordre militaire de Lāčplēsis fut la première et la plus élevée des distinctions officielles en Lettonie. La décoration a été décernée aux soldats lettons pour leurs mérites dans l’action militaire, mais aussi aux étrangers qui avaient pris part aux combats pour la libération de la Lettonie ou dans des actions ayant contribué à la création et au développement de l’État letton. Son nom fait référence à l’épopée éponyme d’Andrejs Pumpurs, figure de proue du mouvement des Nouveaux Lettons (jaunlatvieši), écrite entre 1872 et 1887, dont on parlera juste après.

La date du 11 novembre 1919, lorsque les troupes lettones ont définitivement chassé les éléments de Bermondt-Avaloff de Riga, est celle traditionnellement retenue pour la création de l’Ordre de Lāčplēsis. Mais les premières médailles ne furent décernées que le 11 novembre 1920, après le vote de la loi ad hoc le 18 septembre 1920 par l’Assemblée Constituante. La dernière remise de décorations eut lieu le 11 novembre 1928 à Liepaja.

L’Ordre de Lāčplēšis comportait trois degrés. La croix de 1ère classe fut attribuée à 11 personnes dont deux Français : le maréchal Ferdinand Foch (commandant suprême des forces alliées) et le général Marie-Eugène Debeney (Le général Debeney commanda la 1ère Armée française du 23 décembre 1917 au 1er juin 1919. C’est lui qui reçut les plénipotentiaires allemands venus signer l’armistice du 11 novembre 1918.).

14 Français (sur un total de 61 récipiendaires, soit 23 %) ont reçu la croix de 2e classe, et parmi eux les officiers évoqués dans de précédents bulletins : le général Niessel (n° 3), le général Janin (n° 4), le lieutenant-colonel du Parquet (n° 5) et le capitaine de vaisseau Brisson (n° 6), mais aussi le général Weygand (n° 2). Leur numéro d’ordre indique combien le Gouvernement letton a voulu mettre en valeur l’action de ces officiers. (Le n° 1 a été attribué au général estonien Johan Laidoner).

La croix de 3ème classe a été attribuée à 33 officiers et sous-officiers français (sur un total de 2 072 récipiendaires), ainsi qu’à la ville de Verdun (Référence: Lāčplēša kaŗa ordeņa kavalieŗi http://www.lkok.com/). On y retrouve tous les Officiers de la mission du Général Niessel (voir bulletin n° 20), ceux de la Mission Militaire Française du Lieutenant-colonel du Parquet et les commandants français des navires qui constituaient l’escadre du Capitaine de Vaisseau Brisson. On remarque également un commandant Étienne Marcel Segreste qui créera en 1921 le Lycée Français de Riga et dont on reparlera dans un prochain bulletin.

Ecrit à l’époque de la Renaissance nationale du peuple letton, illustrée par le mouvement de Jaunlatvieši ("Nouveaux-Lettons"), dont Andrejs Pumpurs était une figure marquante, « Lāčplēsis » est ainsi devenue l’épopée nationale lettone, au même titre que la Chanson de Roland en France, que le Roi Arthur en Angleterre ou que le Kalevipoeg en Estonie, dont il semble d’ailleurs en partie inspiré. (La première version publique du Kalevipoeg a été publiée en 1862).

Mais c’est surtout devenu une Fête Nationale (non fériée), le jour de Lāčplēsis, qui commémore le souvenir des défenseurs lettons de la liberté, instituée en mémoire du 11 Novembre 1919, quand les Lettons ont chassé définitivement hors de Riga les corps-francs russo-allemands de l’aventurier Pavel Bermondt-Avalov. Libération initiée dès le 15 octobre 1919, quand l’escadre franco-britannique aux ordres du Capitaine de Vaisseau Brisson est intervenue devant Riga.

Pour une grande partie de la population lettone, Lāčplēsis est toujours aujourd’hui le symbole de la lutte contre une domination étrangère injuste. Il suffit de voir la foule venant déposer des bougies sur les murs du château le 11 novembre soir, Jour de Lāčplēsis, pour en être convaincus.