Le Lieutenant-colonel du Parquet

Le Lieutenant-colonel du Parquet, chef de la Mission Militaire Française en Lettonie (mai 1919 – juillet 1920)

LVHISTOIRE

Gilles Dutertre

12/29/20245 min lire

Emmanuel du Parquet est né en 1869 en Angleterre. Engagé volontaire en 1888, il intègre l’Ecole Spéciale Militaire de Saint-Cyr en 1893. Fantassin, il est alors affecté en Tunisie puis en Algérie, ne rentrant en France qu’en 1899, jeune capitaine. Il retournera au Maroc pendant la Première Guerre mondiale pour former au tir les unités de tirailleurs marocains.

Nommé chef de la Mission Militaire française en Lettonie, le lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet arriva le 20 mai 1919 en rade de Liepāja (Libau), sur l’aviso « Meuse ». C'était quelques jours après le coup d’État du pasteur Needra, marionnette du Général allemand Rüdiger, Graf von der Goltz, du 27 avril 1919. Le gouvernement légal de Kārlis Ulmanis avait dû se réfugier sur le vapeur « Saratov » en rade de Liepāja.

Les objectifs de la Mission Militaire Française étaient les suivants :

  • Aider à la formation d’un gouvernement letton stable, s’appuyant sur les Lettons de souche et favorable à l’Entente ;

  • Aider à créer une armée nationale capable de défendre le pays face aux Bolcheviques ;

  • Combattre l’influence allemande et pousser les troupes allemandes hors de Lettonie ;

  • Aider le gouvernement dans la reconstruction du pays et faire de la Lettonie une amie et une alliée de la France.

Le lieutenant-colonel du Parquet avait deviné, dès 1919, l'intention du général von der Goltz, à savoir se servir de la Courlande, puis de toute la Lettonie, comme d'une base d'opérations, d'un vaste camp d'instruction, d'un magasin d'armement, pour soit conquérir de nouveaux territoires de colonisation vers l'est, soit marcher sur Berlin pour y restaurer la monarchie. D'ailleurs, dès le 24 mai 1919, soit 4 jours après l'arrivée de du Parquet, les germano-baltes prirent Riga.

Le 26 juin, les missions alliées décidèrent de rétablir le ministère Ulmanis dès le lendemain. Le 27 juin à 14h, le « Saratov » amena à quai le gouvernement et un télégramme fut envoyé au pasteur Needra à Riga pour lui signifier sa chute …… Pensant réprimer le coup de force avec l'aide des Allemands, Needra accourut à Libau ; mais il y fut arrêté !

Le 1er juillet 1919, le lieutenant-colonel du Parquet se rendit à Riga, mandaté par les autres missions alliées, pour négocier un cessez-le-feu entre von der Goltz et les Estoniens. Après la chute de Riga, les unités allemandes avaient continué leur progression vers le nord et s'étaient heurtées, entre le 6 et le 23 juin, aux forces estoniennes et à la Brigade lettone du nord autour et dans Cēsis. Une convention fut signée le 3 juillet, l'armistice de Strassenhof (aujourd'hui Strazdumuiža, 12 kilomètres à l'est de Riga), qui consacrait l'évacuation allemande au sud de la Daugava.

Le Général Rüdiger, Graf von der Goltz et le Général autoproclamé Prince Pavel Bermondt-Avalov

Le 12 juillet 1919, la mission française s'installa à Riga, à l'angle des rues Dzirnavu et Nicolaja (aujourd'hui Krišjāņa Valdemāra). Le 14 juillet matin, une cérémonie eut lieu devant la mission. Elle fut suivie d'un déjeuner avec MM Tschakste (président du Conseil National) et Ulmanis (président du Conseil), le général Simanson (ministre de la Guerre) et les chefs de missions alliées.

Le 7 août 1919, le lieutenant-colonel du Parquet se rendit à Paris et fut reçu au Ministère de la Guerre le 11 août pour y exposer la situation. Grâce à son intervention, la Lettonie recevra l'habillement, l'équipement et l'armement pour 10 000 hommes, plus 30 pièces d'artillerie, 500 fusils mitrailleurs, 50 mitrailleuses, etc.….. (Mais le chargement n'arrivera que 2 mois plus tard, le 3 octobre, sur le navire « Euphémia », en raison de grèves dans les ports français !)

Après que l'« Armée des volontaires de l’ouest » germano-russe de Bermondt-Avalov ait entrepris de marcher sur Riga le 8 octobre 1919, nous avons vu précédemment (Bulletin n° 3) qu’une flotte franco-britannique, aux ordres du Capitaine de Vaisseau Brisson, permit aux Lettons, le 15 octobre 1919, de reprendre l’offensive. Au cours de cette action, la Mission Militaire Française assura la liaison entre l’État-Major letton et la flotte alliée. La Courlande fut libérée de toutes les troupes allemandes à la fin novembre.

Le 25 février 1920, le consul de France et la Mission Militaire Française se rendirent à la Présidence du Conseil pour remettre à M. Kārlis Ulmanis les insignes de chevalier de la Légion d'Honneur à titre militaire. Dans son discours, M. Ulmanis souligna que la France et son armée avaient été le « facteur principal de l'heureuse issue de la guerre », ajoutant : « Depuis longtemps déjà, la France était connue et appréciée en Lettonie pour sa droiture et son désintéressement ; elle était un symbole d'honneur et de bravoure, vertus particulièrement goûtées et admirées du peuple letton. »

Dans le courant de l'année 1920, le lieutenant-colonel du Parquet eut à se rendre fréquemment de Riga à Libau/Liepaja, ayant à s'occuper de la 4e Division de Zemgale. Il avait été effectivement convenu qu'une division de 10 000 hommes serait formée, dotée uniquement de matériel de guerre fourni par la France. La Mission Militaire Française fournissait tout le personnel instructeur dont elle pouvait disposer, à savoir 3 officiers d'Infanterie et un lieutenant d'Artillerie, Tout le matériel, armement, habillement, équipement, était neuf et représentait une somme de 11 millions de francs. La division était commandée par le colonel letton Oskars Dankers.

Le lieutenant-colonel du Parquet rentra en France à la fin juillet 1920.

La Délégation Générale du Souvenir Français pour la Lettonie a le projet d’apposer, sans doute en 2026, une plaque commémorative sur l’immeuble qui abritait la Mission Militaire Française en 1919-1920, Krišjāņa Valdemāra iela.

Le Ministre Président M. Kārlis Ulmanis et

le Lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet à Daugavpils

lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet
lieutenant-colonel Emmanuel du Parquet