L’abbé Edgeworth de Firmont

Straipsnio L’abbé Edgeworth de Firmont à Mitau (Jelgava)

LV

Gilles Dutertre

8/4/20265 min lire

Lorsqu’on demande à des Lettons de citer des Français qui soient venus en Lettonie (au sens large), ils citent le plus souvent Louis XVIII. Le comte de Provence, futur roi de France Louis XVIII, SDF royal pendant la Révolution et l’Empire, a en effet séjourné en Courlande à deux reprises, du 29 mars 1798 au 22 janvier 1801, et du 24 août 1804 au 3 septembre 1807.

Lors du premier séjour de Louis XVIII, le tsar Paul 1er se dit honoré de l’accueillir au palais de Mitau (aujourd’hui Université d’agriculture de Jelgava. Paul 1er envoya tout d’abord 100 000 roubles à Louis XVIII pour que celui-ci puisse régler ses dettes. Puis il lui octroya une rente annuelle de 200 000 roubles et il prit sur lui d’assumer les frais d’entretien des hommes de garde.

Afin de renforcer la cohésion familiale et de souligner ses prétentions au trône des Bourbons, Louis organisa le mariage de Louis-Antoine duc d’Angoulême, le fils aîné de son frère le duc d’Artois, avec sa cousine Marie-Thérèse-Charlotte, la fille orpheline de Louis XVI et de Marie-Antoinette. La cérémonie de mariage fut célébrée par le cardinal Louis-Joseph de Montmorency-Laval, grand-aumônier de France, assisté de l’abbé Edgeworth. Elle eut lieu le 10 juin 1799 dans une grande salle du château de Mitau.

L’abbé Edgeworth ? Né en 1745 à Edgeworthtown en Irlande, Henry Essex Edgeworth était le fils d’un pasteur converti au catholicisme et réfugié en France. Éduqué à Toulouse, devenu prêtre après avoir étudié la philosophie au Collège de Navarre et la philosophie à la Sorbonne, il fut vicaire général du diocèse de Paris. Il devint ainsi en 1791 le confesseur de Madame Elisabeth (sœur des rois Louis XVI, Louis XVIII et Charles X, guillotinée le 10 mai 1794) dont il fut rapidement respecté, voire vénéré. C’est d’ailleurs Madame Elisabeth qui recommanda l’abbé Edgeworth à son frère Louis XVI pour l’assister lors de son procès. Après la condamnation à mort du roi, il put obtenir la permission de célébrer la messe pour lui et de l’accompagner à l’échafaud. L’abbé Edgeworth est resté célèbre pour une phrase apocryphe lors de l’exécution de Louis XVI (21 janvier 1793) : « Fils de Saint Louis, montez au ciel ! »

Après l’exécution du roi Louis XVI, Edgeworth resta en France, malgré le danger, pour assister Madame Elisabeth. Mais, après l’exécution de celle-ci, il jugea prudent de quitter la France et il alla rejoindre le comte d’Artois, futur Charles X, à Edimbourg en août 1796. Le comte de Provence, celui qui s’était proclamé roi Louis XVIII à la mort du dauphin en juin 1795, était alors à Blankenburg, dans le Harz, chez le duc de Brunswick, et manifesta le désir que l'abbé passât le carême auprès de lui et lui fit faire ses Pâques. Il le nomma son aumônier ordinaire et l’abbé Edgeworth partagea alors l’exil du roi, notamment à Mitau.

Paul 1er commençant à s’enthousiasmer pour les victoires de Bonaparte face aux Autrichiens, trouva toutefois un prétexte pour chasser Louis XVIII de Mitau le 20 janvier 1801.

En prélude de son deuxième séjour, Louis XVIII passa plusieurs semaines (24 août – 12 septembre 1804) chez le baron et la baronne Andreas von Königsfels, à Blankenfeld, maison de campagne construite en 1743 au sud de la Courlande.

L’abbé Edgeworth fut enterré au cimetière catholique de la ville et les Français qui se sont rendus entre les deux guerres mondiales dans la Lettonie nouvellement indépendante, parlaient encore de sa tombe (En 1953, Arveds Schwabe, dans son Histoire du peuple letton, précise encore que « la tombe de l’abbé de Firmont, confesseur de Louis XVI et de Louis XVIII, se trouve dans le cimetière catholique de Jelgava ».). Le cimetière catholique a été rasé à l’époque soviétique et tout souvenir de l’abbé Edgeworth a donc disparu. L’emplacement approximatif de la chapelle mortuaire peut être localisé dans le Stacijas parks de Jelgava.

Ceux que le sujet intéresse peuvent consulter en ligne les « Memoirs of the Abbé Edgeworth: Containing His Narrative of the Last Hours of Louis XVI », de Charles Sneyd Edgewoorth (1815), partie en anglais, partie en français :

https://archive.org/details/memoirsabbedgew00firmgoog/page/n14/mode/2up

(Merci à M. Edgars Umbrasko, historien au Musée d’histoire et d'art Gedert Elias de Jelgava pour m’avoir ouvert ses sources)

Pendant l'absence de Louis XVIII, le palais de Mitau avait été abandonné et pillé, et la pension de 200 000 roubles accordée par le tsar n'était a priori pas payée régulièrement. Louis y séjourna toutefois de nouveau de 1805 à 1807. Le tsar Alexandre 1er s'y arrêtera d'ailleurs fin mai 1807, avant la rencontre de Tilsit avec Napoléon. Il aurait dit de Louis XVIII : « C'est l'homme le plus nul et le plus insignifiant d'Europe »

A Mitau, on retrouve l’abbé Edgeworth qui, en compagnie de la duchesse d’Angoulême, soignait des Français blessés, après les batailles d’Eylau (8 février 1807), puis de Friedland (14 juin 1807). Ils soignaient vraisemblablement les Français des deux côtés puisqu’on cite Octave, prince de Broglie-Revel (1785 – 1855), passé par l’école des cadets de Saint-Pétersbourg (1798 – 1804), entré le 19 novembre 1804 au régiment russe Semanowski comme enseigne ( Le premier des officier subalterne dans l’infanterie et la cavalerie russes. Depuis Pierre 1er , il conférait la noblesse héréditaire.), blessé d’un coup de feu à Friedland et « soigné par la duchesse d’Angoulême » à Mitau.

Edgeworth contracta le typhus et mourut à Mitau le 22 mai 1807, à l’âge de 62 ans. Toute la Cour en fut, parait-il réellement affecté et Louis XVIII rédigea lui-même l’épitaphe en latin de son aumônier :

« Ici repose le Très Révérend Henry Essex Edgeworth de Firmont, prêtre de la sainte Église de Dieu, vicaire général du diocèse de Paris, qui suivant les pas du Rédempteur, fut l’œil de l’aveugle, le bâton du boiteux, le père des pauvres, le consolateur des affligés, lorsque Louis XVI fut condamné à mort par des sujets impies et rebelles.

Il soutint le martyr résolu dans son dernier combat et lui montra les cieux ouverts, arraché au bras des régicides par la protection admirable de Dieu.

Il s’attacha volontiers volontairement à Louis XVIII lorsque celui-ci désira ses services. A lui, à sa royale famille et à sa fidèle suite, il se montra en l’espace de dix ans un exemple de vertu et un réconfort dans l’infortune.

Chassé de royaume en royaume par les calamités de l’époque, il passa en faisant le bien, toujours semblable à Celui qui possédait toute sa dévotion.

Rayonnant du bien qu’il avait fait, il mourut le vingt-deuxième jour de mai de l’an de grâce 1807 à l’âge de 62 ans. Qu’il repose en paix ! »

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