LA FAMILLE DE PONTUS DE LA GARDIE

Pontus de la Gardie (vers 1520 – 1585) était né Ponce d’Escoperier à Caunes-Minervois, fils d’un marchand et bourgeois anobli, Jacques Ier d'Escoperier, sieur de la Gardie, Russol et Ornesons. Jeune, il envisagea de devenir prêtre et étudia à l’abbaye bénédictine de Montolieu (Aude).

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Gilles Dutertre

4/30/20266 min lire

Pontus de la Gardie (vers 1520 – 1585) était né Ponce d’Escoperier à Caunes-Minervois, fils d’un marchand et bourgeois anobli, Jacques Ier d'Escoperier, sieur de la Gardie, Russol et Ornesons. Jeune, il envisagea de devenir prêtre et étudia à l’abbaye bénédictine de Montolieu (Aude).

Changeant d’avis, attiré par le métier des armes, il effectua sa première campagne sous les ordres du maréchal de Brissac au Piémont, puis, après la paix de Cateau-Cambrésis (2 et 3 avril 1559), au service du roi du Danemark qui voulait dominer la Baltique. Nommé officier, il fut capturé à Varberg par les troupes suédoises en 1565, au cours de la guerre nordique de Sept Ans (1563 – 1570). Cependant, il n'eut aucun scrupule à rejoindre le camp suédois, il devint rapidement un favori du roi Jean III (couronné le 10 juillet 1569) et, en 1569, après seulement quatre ans au service de la Suède, il fut anobli, devenant baron en 1571.

Durant la Guerre de Livonie (1558 – 1583), après l’échec du siège de Wesenberg (aujourd’hui Rakvere, dans le nord de l’Estonie) entre janvier et mars 1574, le roi Jean III retira son commandement en Finlande et en Estonie au feld-maréchal Clas Åkesson Tott pour le donner à Pontus de la Gardie. En 1574, le roi nomma Pontus gouverneur adjoint de Livonie puis, en 1581, gouverneur.

Pontus de la Gardie sut profiter du fait que les Russes durent retirer des troupes pour aller combattre les Polonais, pour reconquérir la Carélie et l’Estonie jusqu’à Narva (septembre 1581) et Ivangorod. A la fin de la guerre, en 1583, la Carélie et l’Ingrie restèrent suédoise, mais pas la Livonie qui, comme la Courlande, fut cédée à la Pologne – Lituanie. Pontus de la Gardie fut nommé feld-maréchal (Fältmarskalk) en 1582. En 1583 il fut nommé membre du conseil d’État.

Pontus de La Gardie avait épousé le 14 janvier 1580 Sophia Gyllenhielm, fille illégitime du roi Jean III Vasa. Ils eurent trois enfants : Brita née en 1581, Johan, né le 3 mai 1582, et Jacob né le 20 juin 1583. A l’époque du mariage, Sophia avait 21 ans et Pontus 50. Elle décéda en couche à l’âge de 25 ans, le lendemain de la naissance de Jacob.

Pontus de la Gardie se noya dans la rivière Narva le 5 novembre 1585 lors du naufrage de sa chaloupe ; il fut enterré dans la cathédrale luthérienne Sainte Marie de Tallinn (Toomkirik).

Pontus de la Gardie fonda une famille puissante dont les membres jouèrent un rôle majeur dans l’histoire suédoise et furent également de grands propriétaires fonciers et de manoirs en Estonie.

Son fils ainé, Johan Pontusson de la Gardie (1582-1642), fut nommé gouverneur de la province de Turku en 1611 et, à partir de 1616, il fut également gouverneur de la province de Tavastehus en Finlande. De 1625 à 1628, il fut gouverneur de Reval (Tallinn), puis de 1630 à 1634 gouverneur de Stockholm et de l’Uppland. En 1630, il fut nommé maréchal et membre du Conseil impérial en 1633.

Son fils cadet, Jacob Pontusson de la Gardie (1583-1652), orphelin très jeune, fut nommé commandant d'un régiment d'infanterie du nord à l’âge de 18 ans et participa ensuite à la guerre de Livonie. Tenant tête à l'armée polonaise de Zamoyski pendant trois mois, il fut finalement détenu prisonnier pendant quatre ans. Après sa libération, Jacob rejoignit l'armée néerlandaise en 1605, considérée comme la meilleure école militaire de l'époque. Il retourna ensuite en Suède, où le roi Charles IX Vasa le nomma lieutenant-général en 1608. En mars 1610, Jacob marcha sur Moscou, assiégée par les Polonais depuis deux ans, et fut accueilli avec liesse par la population qui le considérait comme le sauveur et le protecteur de la ville.

À l'âge de trente ans (1613), il devint conseiller du royaume et, deux ans plus tard (1615), il fut élevé au rang de comte et reçut le comté de Läckö. En 1617, il fut fait chevalier et devint la même année maréchal du royaume. En 1619, il fut également nommé gouverneur d'Estonie et gouverneur de Reval. Durant la guerre d’Ingrie, Jacob participa comme commandant sous les ordres du roi Gustave II. En 1628, il fut nommé gouverneur de Livonie à Riga, puis, en 1630, maréchal et président du tout nouveau Collège de guerre.

Membre du Conseil privé depuis 1613, il fut l’un des cinq régents qui dirigèrent la Suède durant la minorité de la reine Christine, de 1632 à 1644. Décédé le 12 août 1652, à un peu plus de 69 ans, il laissa une descendance de 14 enfants, dont quatre garçons à la carrière brillante.

Le fils ainé de Jacob, Magnus Gabriel De la Gardie (1622-1686), est né le 15 octobre 1622 à Reval (Tallinn), en Estonie. Il reçut une excellente éducation dans plusieurs villes, dont Uppsala, Paris et Amsterdam. À vingt-deux ans (1644), il devint rapidement le favori de la reine Christine (qui avait alors 18 ans), ce qui lui valut de nombreux honneurs et d'importantes dotations. Par exemple, à vingt-cinq ans (1647), il fut nommé conseiller du royaume.

Également en 1647, Magnus Gabriel (25 ans) épousa la cousine de la reine, Marie Euphrosyne du Palatinat (22 ans), sœur du futur roi Charles X Gustave. Après le mariage, les honneurs s'enchaînèrent rapidement : en 1648, il fut nommé général en Allemagne, en 1649 gouverneur général de Livonie, et, en 1651, maréchal du royaume et grand maréchal.

En 1653, Magnus Gabriel tomba en disgrâce auprès de la reine Christine et dut quitter la cour avec sa famille. À l'abdication de la reine en 1654, il fut rétabli dans ses fonctions et son épouse, Marie-Euphoryne, fut élevée au rang de princesse par son frère, Charles X Gustave, qui succéda à Christine. À la mort de Charles X Gustave (1660), Magnus devint également chancelier du royaume et membre du gouvernement de régence de Charles XI, dont il fut le chef de 1660 à 1672.

Cependant, les désastres de la guerre de 1675-1679 et la politique étrangère pro-française de Magnus Gabriel lui firent perdre de l'influence. Malgré cela, il devint gouverneur royal en 1680, un titre purement honorifique. Il est décédé le 26 avril 1686 et a été enterré dans l'église du monastère de Varnhem à Västergötland (sud de la Suède).

Magnus Gabriel et son épouse Maria Euphrosyne eurent onze enfants, dont seulement trois survécurent à l'enfance et devinrent adultes. Le garçon, Gustaf Adolf de la Gardie (1647-1695) fut commandant du régiment de cavalerie Life Regiment (1672–1673) mais surtout Président de la Cour d’appel de Svea (1682–1695).

Pour en revenir à l’origine de la famille de la Gardie en Suède ……. Le monument funéraire de Pontus de la Gardie et de son épouse Sophia Gyllenhielm avait été commandé par Jean de la Blanque de Rasick, un cousin languedocien que Pontus avait fait venir auprès de lui. Il a été réalisé de 1589 à 1595 par le sculpteur hollandais Arent Passer. Passer est arrivé de Hollande en 1589 et a travaillé comme maitre d’œuvre de la ville pendant 48 ans jusqu’à sa mort. Le monument est en pierre de Dolomite d’Orgita [La Dolomite d’Orgita est une pierre naturelle cristalline massive et fine, vieille de plus de 400 millions d’années, connue pour avoir été utilisée au moins dès le XIVe siècle. Elle est extraite près de Märjamaa, à mi-chemin entre Pärnu et Tallinn, dans la zone entourant l'ancien manoir d'Orgita (Rosenthal).]et en marbre, avec des dorures partielles. Il est adossé au mur sud du chœur de la cathédrale. Tout le chœur et l’arrière du chœur sont interdits au public et le monument n’est malheureusement visible que de loin.

Une première église en bois avait été construite à Tallinn probablement en 1219. En 1229, les frères dominicains commencent à construire sur la colline de Toompea une église en pierre qui ne sera terminée qu’en 1240. C’est alors une cathédrale, consacrée à la Vierge Marie (cathédrale épiscopale de la Vierge Marie de Tallinn / Tallinna Neitsi Maarja Piiskoplik Toomkirik) qui est le siège de l’archevêché. Elle devint luthérienne en 1561 et appartient à l’église évangélique luthérienne estonienne (Eesti Evangeelne Luterlik Kirik). Elle fut détruite en 1684 lors du grand incendie qui ravagea la colline de Toompea. Elle sera réaménagée au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

Cathédrale luthérienne Sainte-Marie (Toomkirik) (P. De la Gardie ja S. Gyllenhielmi hauamonument-sarkofaag) – Toom-Kooli tänav 6, 10130 Tallinn (sur Toompea) - La cathédrale est ouverte du mardi au dimanche de 10H à 16H – Entrée 2 €

Site internet (en estonien) : https ://toomkirik.ee/